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FÉDÉRATION BRETONNE LÉGITIMISTE

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Fondée par les présidents des cercles de Bretagne, elle comprend actuellement sept cercles et des délégations dans la plupart des pays de Bretagne. Depuis sa création, la FBL adhère à l'UCLF au sein de laquelle, elle représente la Bretagne. Comme l'UCLF au plan national, la FBL assure la coordination de ses cercles. Depuis 1997, elle publie un périodique bimestriel, la blanche Hermine.

 

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Dans un paysage politique aux lignes incertaines, les cercles légitimistes œuvrent à faire connaître les principes de la monarchie traditionnelle. La pensée légitimiste est opposée à l'esprit de parti, d’essence révolutionnaire. En réalisant le bien commun par l’ordre, la stabilité et la continuité qu’elle procure, l’institution monarchique est seule à même d’assurer le redressement du pays. La restauration de la monarchie en France représente l’ambition de notre mouvement politique. Aujourd’hui, les règles de succession désignent Louis XX, l’aîné des capétiens, pour accéder au trône.

Pour les cercles légitimistes bretons, une unité doit se créer autour du roi pour instituer un régime en mesure d’assurer les conditions d’une large autonomie des peuples unis à la couronne.

 

 

 

 

 

L’ÉGLISE  ET  LA  LANGUE  BRETONNE  (ÉLÉMENTS DE SOLUTION)

 

La première partie de ce texte a été publiée dans LA BLANCHE HERMINE N°101 et récemment sur notre site.

 

 Ne donnons pas trop d’importance à l’usage d’une langue à l’église. Je crois du reste que la querelle que j’expose n’a pas tellement d’importance en ce qui concerne l’avenir de la langue bretonne. Je me rassure d’autant plus en ce qui concerne la responsabilité des prêtres. Je donne un argument de principe et un    argument de fait. Considérons un peu la vie des Bretons. De quel poids peuvent être, pour l’avenir d’une langue, les dix minutes hebdomadaires de prédication, entendus parfois par moins de la moitié de la population, alors que toute l’information, le flot d’informations qui leur parvient est en français : d’abord, l’école, qui les marque profondément ; puis, les quotidiens et les hebdomadaires, les livres, les magazines, la radio, le cinéma, bientôt la télévision… ; trop souvent – de plus en plus à cause des enfants – les échanges dans la vie familiale elle-même, sans compter le service militaire, les études et les voyages de toutes sortes… Et en fait ? J’ai eu l’occasion de passer quelques mois en Dordogne en 1940, pays de langue d’oc, le gascon. Depuis longtemps, on n’y a ni catéchisé, ni prêché en gascon, mais en français. Le gascon était cependant aussi vivant, et plus vivant à l’époque que ne l’était chez nous le breton. J’étais hébergé chez le Maire d’une petite commune rurale ; tous les membres de la famille connaissaient très bien le français, la mère avait fait ses études chez les Ursulines de Bergerac, les deux filles (17 et 12 ans) y étaient encore pensionnaires ; mais, en famille, on ne faisait usage que du gascon. Dans une paroisse voisine, à l’occasion d’une mission qui venait d’avoir lieu, on avait eu l’idée de faire appel à un prêtre originaire du pays pour donner quelques instructions en gascon, croyant faire plaisir aux paroissiens. Mais, après son premier sermon, on lui fit savoir que la population préférait le français. Le mal est beaucoup plus profond qu’on ne se l’imagine. On va, répétant : « Voilà 50 et 100 ans qu’on dit que le breton va mourir et il est toujours vivant ; pourquoi donc jouer au prophète de malheur ? » Je veux justement détruire une illusion et alerter l’opinion ; si nous voulons sauver le breton, il est plus que temps de considérer le problème dans ses dimensions vraies et de prendre les moyens efficaces. C’est au peuple breton d’opter pour le salut ou l’abandon de sa langue. Telles que les choses se présentent aujourd’hui on peut dire qu’il a opté pour l’abandon progressif et, en général, sans regret, au fur et à mesure de la disparition des générations successives. Peut-on espérer un revirement ? En tout cas, l’Eglise ne peut pas arrêter seule pareil mouvement. Le salut est ailleurs, il appartient à la société civile et aux laïques de l’assurer, et ce sont surtout les jeunes foyers et les élites du pays qui tiennent en mains la solution. Voyons dans quel sens le clergé peut les y aider.

 

II  Ce que l'on peut attendre de l'Église et du clergé en faveur de la langue bretonne

 

L’usage du breton à l’église.

Nous considérons ici le breton comme instrument de communication et d’échanges dont   l’Église se sert pour enseigner et prier. Plus loin, nous l’envisagerons comme valeur de culture. Le prêtre n’a pas à tenir compte de ses goûts ou de ses préférences dans le choix de la langue dont il fait usage à l’église. Son attitude lui est dictée par le principe déjà énoncé : opter pour la langue qui se trouve être, suivant un jugement loyal et impartial, la plus favorable au bien des âmes. Ce principe doit jouer aussi bien en faveur du breton qu’en faveur du français même si l’usage du breton exige du prêtre un effort plus appliqué de préparation. Le prêtre doit aussi, en conscience, se perfectionner dans la connaissance de la langue ou des langues dont il se sert. Ce n’est pas le respect de la langue qui l’exige, – une langue n’a pas de droits – mais le respect du message à transmettre dans son intégrité et le respect de l’auditoire auquel on    s’adresse. C’est vite fait de dire que le breton est une langue pauvre et fruste quand on a étudié le français pendant des années et que l’on n’a accordé que quelques heures au breton. C’est vite fait de dire que l’auditoire est indifférent à la qualité du breton quand on sait combien les Celtes ont toujours été sensibles à l’art de bien dire. Il ne suffit pas d’avoir été « élevé en breton » pour posséder une langue de prédication valable. Ainsi négligé, il n’est pas étonnant que le breton reste malhabile, peu apte à présenter le message chrétien avec précision et avec un certain agrément pour l’auditeur. Pendant que ses camarades restés dans le monde se familiariseront d’année en année avec un breton plus riche et plus racé, le prêtre, coupé du peuple par ses années d’études et sa formation classique, en restera, à moins d’un effort soutenu, à un breton infantile et insipide. Faut-il ajouter qu’en dehors de la prédication, il y a tout le ministère pastoral, la confession, les contacts humains avec les paroissiens qui connaissent le français sans doute, mais à qui le breton est plus familier pour la conversation courante.

« La langue bretonne, écrivait Monseigneur Fauvel, reste pour les Bretons la langue de l’âme et du cœur, expression de tout un passé qu’ils portent en eux. » Un prêtre affecté à l’une de nos paroisses rurales et qui n’apprend pas le breton accepte de voir l’efficacité de son ministère amoindrie. C’est pourquoi il se donne des cours de breton dans les trois grands Séminaires de Quimper, St-Brieuc et Vannes. Dans les paroisses urbaines où la francisation est plus avancée et où il y a plusieurs prêtres, l’inconvénient est sans doute moins grave d’avoir l’un ou l’autre ignorant du breton ; mais il existe et les intéressés s’en rendent bien compte. Les journaux citaient ces temps derniers le cas d’un missionnaire destiné au Vietnam. Avant de rejoindre son poste, il a dit la messe à la Colonie Vietnamienne de Paris et a prêché en vietnamien. La première préoccupation des missionnaires est toujours d’apprendre la langue ou les dialectes des populations qu’ils ont à évangéliser.

Pour le catéchisme, la question se pose de moins en moins… ; on peut dire plus du tout dans le diocèse de Quimper et de Léon. Les prêtres ont résisté longtemps à la pression des parents. J’en ai vu imposer le catéchisme breton à des enfants dont la langue familiale était le français et qui ignoraient à peu près complètement le breton, sous prétexte d’éviter toute brèche dans l’unanimité conservée jusque-là en faveur du breton. Ils craignaient – et la suite a justifié leurs craintes – que les parents n’en profitent pour élargir bien vite la brèche. J’ai entendu un recteur déclarer qu’il refuserait à la Communion Solennelle un enfant de sa paroisse qui saurait très bien son catéchisme en français, mais en français seulement. Je tiens à signaler ces deux faits, non pour les approuver, mais pour bien montrer qu’il y a eu des prêtres qui ne se sont pas résignés à la substitution de langue au catéchisme qu’en défendant le breton pied à pied. Il est incontestable que les   parents sont en droit de demander que l’instruction religieuse soit donnée à leurs enfants dans leur langue familiale. Pour la conservation du breton comme langue du catéchisme, nous avons longtemps pris argument de la langue maternelle, et voilà que désormais l’argument se retourne contre le breton.

La prédication, enseignement collectif des adultes, présente une plus grande complication. Nous avons affaire à un auditoire bilingue avec priorité de plus en plus accentuée du français, surtout comme langue de pensée. En général, l’évolution n’a rien de brutal ou de violent, elle suit le rythme des générations. La nécessité de passer d’une langue à une autre ne sera ordinairement qu’une approximation jugée prématurée par les uns, trop tardive par les autres. Elle ne s’impose pas dans toutes les paroisses au même moment. On peut demander aux prêtres de ne pas brûler les étapes. Si, dans telle paroisse par exemple, il apparaît que l’usage exclusif du breton à l’église soit devenu une erreur, il n’est pas indiqué pour autant d’en venir, du jour au lendemain, à l’usage exclusif du français. On pourra faire usage des deux langues avec souplesse. Beaucoup de prêtres agissent ainsi malgré l’effort supplémentaire que cette solution entraîne. II n’en est pas moins vrai que cette coexistence, cet affrontement de deux langues usuelles dans une même paroisse, est une difficulté dont les prêtres sont les premiers à souffrir. Il est presque impossible de donner satisfaction à tout le monde.

L’abandon des cantiques bretons est plus regrettable. Paroles et musique éveillent encore dans les âmes une résonance spirituelle que les cantiques français, d’un usage récent, sont loin d’inspirer.  Nos airs sont très appréciés et souvent ils nous reviennent habillés de paroles françaises et connaissent un renouveau de succès.

II ne s’agit pas d’exclure tout cantique français, surtout à l’époque où le genre se renouvelle avec bonheur ; mais de là à frapper d’ostracisme le cantique breton, il y a de la marge. Nous savons qu’au diocèse de Saint-Brieuc, un effort méritoire est accompli pour enrichir le répertoire des chants en breton, et le Bleun-Brug, de son côté, essaie de relancer le cantique breton sur le modèle des « fiches » françaises ; mais nous sommes submergés par la production française, très riche en quantité et en qualité ; le snobisme aidant et le manque d’attachement à la langue, le cantique breton perd du terrain. Ici, comme pour le catéchisme, c’est beaucoup moins le fait du clergé que celui des fidèles, des membres des chorales notamment.  

La langue bretonne, élément de formation culturelle.

Sortons maintenant de l’église, où le prêtre subit les impératifs de la pastorale et du culte ; il lui est alors loisible d’écouter d’autres voix, d’encourager un renouveau culturel breton et d’y participer. Par vocation, le prêtre est appelé à enseigner et à faire usage d’un breton plus ou moins littéraire, en tout cas plus châtié et plus pur que le parler usuel. Il est normal qu’il en vienne à aimer cette langue et à la cultiver par goût et avec fierté. II est des cas où il acquerra une vraie maîtrise de sa langue, d’autant plus que les contacts quotidiens avec ses paroissiens bretonnants lui permettent de puiser à la sève populaire tout au long de sa vie. C’est une des raisons pour lesquelles les prêtres ont tenu un bon rang dans la connaissance et le maniement de la langue bretonne écrite ou orale. Au grand rassemblement des catholiques à Landerneau, en 1926, le R. P. Doncoeur s’extasiait devant le discours de M. le Chanoine Thomas, recteur de Ploujean, l’un des plus puissants orateurs qu’il eût   jamais rencontré, disait-il. Son appréciation était dictée, non par le discours lui-même qu’il ne comprenait pas, mais par la force de persuasion qu’il devinait à voir cet auditoire de 100.000 hommes capté et littéralement envoûté par l’orateur. Le genre oratoire est lui aussi un genre littéraire, celui auquel le peuple est le plus sensible, et les prêtres ont été à peu près les seuls à le cultiver. Par ailleurs, aujourd’hui encore, des prêtres et des religieux aiment le breton, l’étudient, l’écrivent, l’enseignent.

Les travaux de M. le Chanoine Falc’hun sur la langue bretonne attirent l’attention des savants français et étrangers et s’imposent par leur valeur scientifique. Jaloux de son indépendance vis-à-vis de toute idéologie pour n’être qu’au service de la Bretagne et des Bretons, il n’a pas I’heur de plaire à tout le monde ; mais la loyauté de son attitude intellectuelle a déjà libéré bien des esprits, et son dévouement total, jusqu’à épuisement d’une santé débile, a gagné bien des cœurs. Des prêtres et des religieux écrivent dans Bleun-Brug, Bro-Guened, Lizeri Breuriez ar Feiz, Barr-Heol, Ar bedenn evid ar vro, Al Liamm, le Courrier-Progrès, plusieurs Bulletins paroissiaux… Il ne s’agit pas toujours de grande littérature – l’ambition des prêtres est autre – encore que la haute tenue de l’œuvre de M. l’Abbé Le Floc’h (Maodez Glanndour) soit reconnue par tous. N’oublions pas le travail persévérant d’information et de formation accompli par Le Sentier à l’adresse du personnel enseignant des écoles chrétiennes du diocèse de Quimper. Parallèlement, les stages organisés pour ces mêmes enseignants par les soins du Bleun-Brug à Roscoff et à Saint-Pol-deLéon (1956).

On connait assez l’effort acharné du Frère V. Séité dans ses Cours par correspondance et par ses visites aux écoles. On voudrait voir les écoles donner plus de place au breton ; mais dans quelle   mesure y sont-elles encouragées par les familles ? Il est vrai que maîtres et familles seraient mieux disposés si des avantages plus substantiels étaient accordés au breton aux différents examens officiels.

Tous les ans, S. Em. le Cardinal de Rennes et les Evêques de Bretagne (Nantes y compris) recommandent officiellement la quête [sur la voie publique] en faveur de la Fondation Culturelle [Bretonne « Emgleo Breiz »]. Ces mêmes Evêques ne marchandent pas leur appui au Bleun-Brug ; tous nos grands Congrès ont été encouragés par eux et présidés par un ou plusieurs d’entre eux. N’y a-t-il pas une équivoque chez ceux qui exigeraient davantage de l’Église ? « Son divin fondateur, Jésus-Christ, nous dit Pie XII, ne lui a donné aucun mandat, ni fixé aucune fin d’ordre culturel. Le but que le Christ lui assigne est strictement religieux… L’Église ne peut jamais perdre de vue ce but strictement religieux, surnaturel. » .

L’action culturelle est une action temporelle qui concerne d’abord les laïques ; c’est à eux de la mener. L’Église peut l’encourager et l’aider. II y a des moments où l’Église peut même suppléer, à la carence des laïques sur le terrain temporel, quand certaines valeurs humaines sont en péril ; elle l’a fait à différentes reprises dans son histoire, mais il s’agit d’une mission de suppléance et d’appui dont elle est seule juge. Par ailleurs, elle peut toujours aider en donnant aux laïques des principes qui inspireront leur action temporelle et des motifs surnaturels d’agir. Nous avons dit que les Bretons, dans leur grande majorité, se désaffectionnent de leur héritage culturel et de leur langue en particulier ; l’Église n’a pas pour mission de leur en imposer la conservation malgré eux. Cependant il y a un réveil du sentiment breton qui se manifeste par l’intérêt porté, chez les uns, à l’aspect culturel et artistique de l’héritage, chez les autres, à l’aspect politique du statut de la Bretagne. Jamais sans doute, la langue bretonne n’a été écrite avec autant de pureté et  d’amour que de nos jours. Jamais les autorités officielles, depuis les maires et les conseillers généraux jusqu’aux préfets et aux ministres, ne se sont souciés autant de la conservation de la langue bretonne : les personnalités groupées dansle Comité d’Honneur de la Fondation Culturelle en sont la preuve. L’Église encourage volontiers ce mouvement culturel, et le Bleun-Brug en particulier groupe, sous le patronage de l’épiscopat breton, des catholiques désireux de « défendre et de cultiver l’esprit breton, la foi, la langue, les usages, l’histoire de la Bretagne », suivant les directives données par Mgr Duparc à M. [l’abbé Jean-Marie] Perrot le 10 Avril 1926.

Ce qui nous intéresse, ce n’est pas la langue bretonne en elle-même comme curiosité linguistique et pièce de musée sociologique. Ce qui nous intéresse, ce n’est pas de conserver le breton pour faire barrage au français ou   retarder son extension en Bretagne. Les Bretons n’acceptent pas cet argument, qu’utilisent seules des personnes connaissant bien le français. Plusieurs Bretons ont trop souffert dans le passé de leur ignorance du français et ne veulent à aucun prix que leurs enfants connaissent pareille épreuve, au moment où tant d’entre eux sont appelés à travailler en pays non-bretonnant. En 1923, j’avais pour camarades de caserne des Alsaciens qui avaient grandi dans une Alsace de langue allemande et parlaient difficilement le français ; j’ai pu me rendre compte de la souffrance que certains Bretons émigrés ont pu éprouver autrefois. Parlons franc : si l’on mettait les Bretons en demeure de choisir entre le breton et le français, ils choisiraient le français ; et qui oserait-les en blâmer ? Ce que nous voulons, c’est que les Bretons connaissent bien le breton comme culture de base, si c’est leur langue maternelle, et qu’ils connaissent le français. Ce qui nous intéresse en l’occurrence, ce n’est pas telle ou telle langue, mais les Bretons ; et, dans leur intérêt bien compris, nous ne pouvons suivre ceux qui jetteraient l’exclusive sur le français.

Au Maroc, la tendance actuelle de plusieurs nationalistes serait de bannir le français des écoles marocaines ; mais M. Ben Barka, l’un des leaders connus de l’Istiqual, vient de réclamer le recrutement de quatre mille instituteurs français, la langue française devant, selon lui, être enseignée comme une langue de complément « pour avoir des fenêtres sur la culture occidentale et ne pas rester dans un isolement asphyxiant. » Rendant compte du Congrès du « Monde Bilingue », à Aix-les-Bains, en avril dernier, M. J.N. Chevalier, agrégé de l’Université, écrivait que l’idéal serait « d’accéder à une civilisation où toutes les langues maternelles seraient respectées, mais où tous les peuples feraient un même effort pour apprendre utilement des langues communes. »

Il est des Bretons qui veulent faire de la conservation de la langue une arme politique : la langue bretonne est, pour eux, le drapeau vivant de la nationalité bretonne qui doit, un jour, recouvrer une large autonomie et même l’indépendance. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’une langue particulière, commune à une population donnée, est une des caractéristiques de l’idée de nation et de peuple.

Nous touchons ici un point délicat, celui du nationalisme breton ; j’aimerais le voir traiter, un jour, face à la conscience chrétienne, dans les     Cahiers du Bleun-Brug. Mais il est un aspect de la question culturelle qui a l’avantage de pouvoir, dès maintenant et en dehors de toute passion politique, gagner la faveur du grand nombre en Bretagne et hors de Bretagne. Nous disons : hors de Bretagne et hors des Bretons, en toute connaissance de cause et après expérience. On pourrait dire que le breton est le dernier vestige sur le continent européen de ce qui fut autrefois la langue celtique, parlée dans toute la Gaule avant sa romanisation ; c’est un argument auquel le gouvernement français pourrait être sensible, mais je veux considérer non pas la langue, mais ceux qui la parlent.

Nous voulons encourager la conservation et le développement de tout ce qui est valable dans l’héritage culturel breton, traditions et langue, pour donner au Breton le sens de sa dignité et bannir ce complexe d’infériorité qu’on a réussi à lui donner et qui a provoqué chez lui une déchéance certaine, diminuant sa valeur d’homme à ses propres yeux et aux yeux des autres. Les Bretons possèdent un héritage culturel bien à eux, modeste sans doute, mais réel, et on a abouti à lui en donner le mépris. Qu’un homme en vienne à avoir honte de ce qui est richesse propre en lui, c’est là le drame, c’est là le crime qu’il accepte de se considérer comme humainement inférieur et s’empresse de jeter par-dessus bord tout ce qui est lui-même y compris son christianisme, qui fait aussi partie de son héritage. Tout son comportement dans la vie en souffrira, sur le plan religieux comme sur le plan social et économique. Que voulez-vous faire d’un peuple qui se renie lui-même ?

Avez-vous rencontré souvent, hors de Bretagne, des personnes qui nient connaître leur langue maternelle et la langue de leur vie quotidienne ? C’était en 1942-1943 ; je fus chargé d’embaucher une secrétaire pour un bureau d’action sociale qui recevait beaucoup d’artisans des campagnes. Une jeune fille se présente avec d’excellentes références. Je lui pose une question préalable : « Connaissez-vous le breton ? » Elle me répond sans hésitation et avec une certaine complaisance qu’elle    l’ignorait. « Dans ces conditions, lui dis-je, je regrette beaucoup, mais je ne peux pas vous engager. » Aussitôt, elle s’excusa… mais oui, elle connaissait un peu le breton… En fait, elle venait deux ou trois ans auparavant de quitter sa petite paroisse rurale d’origine et parlait très bien le breton, à la grande joie des artisans, brodeuses en particulier, qui passaient nombreuses au bureau les jours de marché pour leur attribution de fil. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres que je pourrais citer. Connaître le breton est souvent considéré comme une tare, et l’ignorer comme une supériorité. Je ne reproche à personne d’ignorer le breton, mais je ne comprends pas que l’on s’en vante. Se vante-t-on d’ignorer l’anglais ou la musique ou l’arithmétique ? … à l’occasion, on le déplore et, c’est plus sage.

La langue bretonne, beaucoup de nos traditions bretonnes, sont des valeurs par elles-mêmes, des richesses qu’on doit être fier de posséder, qui sont l’expression d’une humanité, une porte   ouverte pour l’intelligence d’un peuple. Elles peuvent servir au développement humain des Bretons, pour peu qu’on les exploite. « C’est la langue qui révèle l’âme d’un Peuple, qui garde sa personnalité, qui protège sa liberté, qui entretient son patriotisme, qui enrichit son patrimoine intellectuel, qui traduit bien tout ce qu’il y a de plus intime en lui, ses convictions religieuses, ses affections de famille ».  Dans cette perspective, nous travaillons dans la sérénité : Même si nous avions la certitude que la langue bretonne était destinée à disparaître dans une échéance plus ou moins lointaine, nous n’aurions aucune raison de nous décourager, car ce n’est pas le breton en lui-même qui nous intéresse, mais le peuple qui le parle, et nous croyons qu’actuellement redonner aux Bretons le sens de leur dignité en revalorisant leur langue à leurs yeux et aux yeux des autres, c’est faire grandir leur valeur d’hommes et les revaloriser eux-mêmes. Nous œuvrons dans le présent et exploitons au maximum au profit de nos contemporains, l’héritage que nos pères nous ont légué.

Quant à l’avenir de la langue, il dépend des Bretons eux-mêmes ; si ces derniers l’abandonnent, nous le déplorerons ; s’ils veulent le sauver, nous les aiderons.

 

LA BLANCHE HERMINE  N° 102

Favé Vincent « L’Eglise et la langue bretonne » Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon

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