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LE DRAPEAU BLANC

Les Français d'aujourd'hui ne savent plus très bien qui était le comte de Chambord. Combien n'en ont gardé que le souvenir d'un prince refusant la restauration de la monarchie pour une simple affaire de drapeau blanc ? Le drapeau ne serait par lui-même qu'un accessoire, un problème de second ordre ! Invité à se soumettre aux ordres des grands féodaux orléanistes, le descendant d'Henri IV écrivait : « Le drapeau est le symbole, l'expression extérieure du principe ; il en est la manifestation devant le peuple, la seule qu'il voit, la seule qui ait pour lui une signification décisive. Et voilà pourquoi le principe et le drapeau ne peuvent être séparés ». Et il ajoutait : « La question du drapeau touche au principe que je représente, et sans lequel je serais impuissant pour le bien ».En ce XXIe siècle où∙ toutes les références semblent disparaître, l'homme s'accroche plus que jamais à la valeur des symboles. Nous pourrions multiplier les exemples : la rose, la Marseillaise, le bonnet phrygien, l'Internationale, etc. Cependant les modes changent. On s'attache à la forme, on estompe le principe. Par quelle aberration en eston venu à défendre aujourd'hui ce qui était brulé hier ? Combien de contrerévolutionnaires sincères croient de leur devoir de se battre maintenant pour le drapeau tricolore ? Nous connaissons leurs arguments, il est possible de les regrouper en trois catégories : 

Chacune des trois couleurs était un symbole non révolutionnaire. Expliquons donc une bonne fois pour toutes leur origine et le contenu révolutionnaire s'en trouvera éliminé. C'est oublier un peu vite que l'association des trois couleurs n'est en rien la somme de chacune de ses composantes mais l'emblème qui a guidé les Français dans la destruction de la monarchie d'abord, dans la déchristianisation ensuite.

 Depuis deux siècles, il a été le symbole de la France. Il l'est définitivement depuis la troisième république. Aujourd'hui, il est piétiné, brulé par les rouges et par tous les ennemis de la France. Nous n'avons pas le droit de les laisser faire. Défendre notre pays est une chose. Protéger les acquis révolutionnaires en est une autre. Nous ne sommes pas des conservateurs. Nos ennemis d'hier ont engendré plus révolutionnaires qu'eux, ce n'est pas une raison pour voler au secours de leurs idéologies et de leurs symboles. Le drapeau tricolore a été et reste le symbole de la Révolution qui a à peine plus de deux cents ans d'histoire. Le drapeau blanc est le symbole de la monarchie, une institution qui a perduré plus de mille trois cents ans. Où est la tradition ?

Des millions de Français sont morts pour lui pendant les deux guerres mondiales. Ils l'ont lavé de leur sang. Affirmation proprement scandaleuse. Pourquoi ne pas y mêler le sang des Bleus, ces « brillants » vainqueurs des Lucs-sur-Boulogne ou de La Gaubretière !

 Et puis nous savons ce qu'il en est des responsabilités dans le déclenchement des guerres mondiales. Au nom de quel principe les victimes devraient-elles rendre les honneurs aux insignes de leurs bourreaux ? Que ces victimes aient été trompées ne diminue en rien leur héroïsme et leur gloire, cela ne modifie pas davantage le problème du drapeau. Nous pourrions sans doute parler des droits acquis par leur sacrifice mais certainement pas avec cette inversion outrageante utilisée par les jacobins évoquant les 250 000 Bretons tués pendant la grande guerre pour en déduire que la Bretagne avait désormais mérité d'être pleinement française, sans autre particularisme. En moins d'un siècle, le drapeau tricolore, avec tout ce qu'il représente, a été la cause de trois grandes invasions dont la dernière a marqué une humiliation sans précédent.

L'association du bleu, du blanc et du rouge restera bien, tout comme la Marseillaise, l'un des symboles des massacreurs de Vendée, de Bretagne, de Lyon… Et, pour ceux dont la mémoire est défaillante, rappelons au moins l'histoire proche de nos provinces d'Afrique. Les trois couleurs étaient celles du maintien de l'ordre rue d'Isly. Elles flottaient encore dans le djebel sur nos postes dont on a brutalement interdit l'accès à une centaine de milliers de nos compagnons d'armes, les livrant désarmés, ainsi que leurs familles, à la haine des rebelles. 

Le Comte de Chambord ne se faisait pas d'illusion sur cette bataille du drapeau quand il écrivait à Mgr Dupanloup : « C'est là un prétexte inventé par ceux qui, tout en reconnaissant la nécessité du retour à la monarchie traditionnelle, veulent au moins conserver le symbole de la Révolution ». Et, dans un manifeste adressé à la France, il écrivait : « Les prétentions de la veille me donnent la mesure des exigences du lendemain, et je ne puis consentir à inaugurer un règne réparateur et fort par un acte de faiblesse. » 

Il se trouva hélas des royalistes suffisamment naïfs pour suivre les chefs orléanistes dans cette tentative d'accommodement de la révolution et de la contre-révolution. Ils votèrent le septennat puis la république.   

Leurs adversaires, eux, avaient démasqué la trahison des ducs. Le 1er novembre 1873, un article paru dans La République française s'en prenait à ces orléanistes : « Fils ingrats de la révolution, en vérité il vous le dit, Henri V ne veut pas être votre roi légitime et cependant vous comptez sur lui ! Au fait y comptez-vous bien et n'avez-vous pas eu de tout temps la secrète et arrière-pensée de la rendre impossible pour passer la couronne à quelque prince qui vous plaisait mieux ? On dirait qu'il a deviné un tel projet. Comme il le    déjoue ! Ce pieux chrétien sait ce que sont les baisers de Judas... ».

La machination tourna court. Henri V fut éloigné du trône certes mais non au profit des mitigés, les Orléans. Le pouvoir passa bientôt aux mains des vrais républicains, pour le plus grand malheur de la France.

 

Pierre Bodin

2019  royalistesbretons