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Madame Élisabeth, sœur du Roi Louis XVI, une sainte dans la tourmente révolutionnaire

 

Le pèlerinage légitimiste de Sainte-Anne d’Auray fut l’occasion d’entendre une conférence sur la personne remarquable que fut Madame Elisabeth, sœur du roi Louis XVI. Professeur diplômée de la Sorbonne et passionnée par la princesse martyr, Géraldine KUNTZ pose, en détaillant les événements de sa vie, les causes de la procédure de canonisation de cette servante de Dieu.

Le site Royalistes-Bretons, vous propose de reprendre quelques éléments de son étude et découvrir la lettre de sa belle-sœur, la reine Marie Antoinette, adressée quelques instants avant son exécution.

Madame Elisabeth naît le 3 mai 1764 à Versailles. Elle devient orpheline de père et de mère à l’âge de trois ans. Elle se passionne pour les études, se révélant particulièrement douée pour les mathématiques. Au sein de la famille royale, elle parvient toujours à avoir de très bonnes relations avec tous. Elle comprend très vite qu’elle ne se mariera pas et qu’elle n’est pas appelée à la vie religieuse contrairement à sa tante Louise et à sa cousine Louise Adélaïde de Condé, future abbesse de Remiremont puis de Saint Louis du Temple. Néanmoins, elle décide de donner sa vie dans la prière et de soulager les pauvres autant que ses maigres ressources lui permettent. C’est dans son domaine de Montreuil que le roi lui a donné en 1781 qu’elle peut mettre cela en pratique. Sa vie de prière y est régulière et structurée, guidée par l’abbé Madier, son directeur spirituel. Avec le docteur Le Monnier, elle soigne gracieusement les pauvres. Sa réputation de bonté se répand.

Dès les premiers évènements révolutionnaires, elle décide d’offrir sa vie pour soutenir ses proches.
Aussi refuse-t-elle à plusieurs reprises de partir. Après le départ pour Rome de l’abbé Madier accompagnant ses tantes, elle prend comme directeur spirituel l’abbé Edgeworth de Firmont qui n’est pas soumis à la constitution civile du clergé. Rester en communion avec le pape est pour elle essentiel. En 1790, lors de la célébration du vœu de Louis XIII, elle fonde une confrérie avec ses dames, dédiée au Cœur Immaculé de Marie afin de prier pour la France et soutenir les pauvres. Après la révolution, deux de ses dames rejoignent les filles du Cœur Immaculé de Marie et fondent l’œuvre qui donnera le lycée Carcado Saisseval (de leur nom).

Elle partage avec le roi, la reine et les enfants toutes les journées révolutionnaires, se faisant même passée pour la reine si détestée lors de la première invasion des Tuileries, le 20 juin 1792.Elle est emprisonnée au Temple. C’est elle qui fournit à Louis XVI, l’abbé Edgeworth qui va célébrer la messe et l’accompagner jusqu’à l’échafaud. Sa vie de prière devient intense. Restée seule avec sa nièce, elle lui prodigue ses conseils spirituels et lui enseigne aussi comment se maintenir en bonne santé mentale et physique. Elle est exécutée le 10 mai 1794, après un procès sommaire, non sans avoir soutenu de ses exhortations spirituelles pleines de confiance en Dieu et d’une foi indéfectible en la vie éternelle, ceux qui sont exécutés avec elle. Elle convainc l’une des dames qui semble enceinte de la signaler afin que l’enfant qu’elle porte ne meure pas.

 

LETTRE  DE  MARIE-ANTOINETTE, REINE  DE  FRANCE  ET  DE  NAVARRE À  S.A.R.  Mme  ÉLISABETH  DE  FRANCE 

 

Ce 16 Octobre, à quatre heures et demie du matin.

 

C'est à vous, ma sœur, que j'écris pour la dernière fois. Je viens d'être condamnée, non pas à une mort honteuse, elle ne l'est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère.

Comme lui innocente, j'espère montrer la même fermeté que lui dans ces derniers momens. Je suis calme comme on l'est quand la conscience ne reproche rien. J'ai un profond regret d'abandonner mes pauvres enfans. Vous savez que je n'existois que pour eux et vous, ma bonne et tendre sœur, vous qui avez, par votre amitié, tout sacrifié pour être avec nous, dans quelle position je vous laisse !

 J'ai appris, par le plaidoyer même du procès, que ma fille étoit séparée de vous. Hélas ! la pauvre enfant ! Je n'ose pas lui écrire, elle ne recevroit pas ma lettre, je ne sais pas même si celle-ci vous parviendra. Recevez pour eux deux ici ma bénédiction. J'espère qu'un jour lorsqu'ils seront plus grands, ils pourront se réunir avec vous, et jouir en entier de vos tendres soins. Qu'ils pensent tous deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer, que les principes et l'exécution exacte de ses devoirs sont la première base de la vie, que leur amitié et leur confiance mutuelle en fera le bonheur. Que ma fille sente qu'à l'âge qu'elle a, elle doit toujours aider son frère par les conseils que l'expérience qu'elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer. Que mon fils, à son tour, rende à sa sœur tous les soins, les services que l'amitié peut inspirer. Qu'ils sentent enfin tous deux que dans quelque position qu'ils puissent se trouver, ils ne seront vraiment heureux que par leur union. Qu'ils prennent exemple de nous ! combien dans nos malheurs notre amitié nous a donné de consolations ! et dans le bonheur on jouit doublement quand on peut le partager avec un ami, et où en trouver de plus tendres et de plus chers que dans sa propre famille.

Que mon fils n'oublie jamais les derniers mots de son père que je lui répète expressément ; qu'il ne cherche jamais à venger notre mort. J'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon cœur. Je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine. Pardonnez-lui, ma chère sœur. Pensez à l'âge qu'il a, et combien il est facile de faire dire à un enfant ce qu'on veut, et même ce qu'il ne comprend pas. Un jour viendra, j'espère, où il ne sentira que mieux tout le prix de vos bontés et de votre tendresse  pour tous deux. Il me reste à vous confier encore mes dernières pensées. J'aurois voulu les écrire dès le commencement du procès, mais outre que l'on ne me laissoit pas écrire, la marche a été si rapide que je n'en aurais réellement pas eu le temps.

Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle de mes pères, dans celle où j'ai été élevée et que j'ai toujours professée ; n'ayant aucune consolation spirituelle à      attendre ne sachant pas s'il existe encore ici des prêtres de cette religion, et même le lieu où je suis les exposeroit trop s'ils y entroient une fois. Je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j'ai pu commettre depuis que j'existe. J'espère que, dans sa bonté, il voudra bien recevoir mes derniers vœux, ainsi que ceux que je fais depuis longtemps pour qu'il veuille bien recevoir mon âme, dans sa miséricorde et sa bonté. Je demande pardon à tous ceux que je connois, et à vous ma soeur en particulier, de toutes les peines que sans le vouloir j'aurois pu vous causer ; je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait. Je dis ici adieu à mes tantes et à tous mes frères et sœurs. J'avois des amis, l'idée d'en être séparée pour jamais, et leurs peines, sont un des plus grands regrets que j'emporte en mourant. Qu'ils sachent du moins que jusqu'à mon dernier moment j'ai pensé à eux.

Adieu ! ma bonne et tendre sœur ! Puisse cette lettre vous arriver ! Pensez toujours à moi. Je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que mes pauvres et chers enfans. Mon Dieu ! qu'il est déchirant de les quitter pour toujours ! Adieu ! adieu ! Je ne vais plus m'occuper que de mes devoirs spirituels. Comme je ne suis pas libre dans mes actions, on m'amènera peut-être un prêtre, mais je proteste ici que je ne lui dirai pas un mot, et que je le traiterai comme un étranger.

Elisabeth de France

2019  royalistesbretons